Ecrire en français

Ecrire en français

I have two selves, and the French one needs to speak, write and think more because I have honestly become somewhat non-verbal in French. See also this post by Guy (Rival Voices) describing their own strugles with speaking their native language for the same perspective on the same subject.
Things I write about in this one (feel free to auto-translate this of course, French is close enough to English that I expect modern-day translators to be very good at transcribing what I originally wrote):

Je parle français

C'est extrêmement bizarre de passer d'une langue à l'autre et d'avoir l'impression d'être une tout autre personne. Mais pourtant cela ne devrait pas être si bizarre que ça, car nous savons tous que les gens sont différents d'un contexte à l'autre: au travail ou à l'école, nous avons tendence à nous montrer de manière plus professionnelle que quand nous sommes en privé, avec nos amis nous faisons des blagues que nous ne ferions jamais avec notre famille, et ainsi de suite.

Mais tout de même, il y a quelque chose d'unique avec la langue avec laquelle on parle, qui est une sorte de 'musique' dont le ton et le rythme changent complètement quand on passe d'une à l'autre. L'anglais est maintenant la langue avec laquelle je suis le plus confortable, même si j'ai encore un accent relativement prononcé, car c'est la langue avec laquelle j'intéragis le plus, tant au niveau lecture qu'écoute, et essentiellement tout ce que j'écris maintenant est en anglais.

La conséquence est que j'ai maintenant beaucoup plus d'expérience avec l'anglais que le français, qui est une langue que je n'utilise maintenant que pour mes interactions au travail, et maintenant que j'ai démissionné de ce dernier, il n'y a plus vraiment de contextes dans lequel je dois l'utiliser, d'où ma volonté à écrire en français pour ne pas perdre ma maîtrise.
Ce manque d'expérience est extrêmement prononcé pour ce qui est de rendre naturel mon discours et mes tournures de phrase. Je ne parle plus vraiment comme une personne "normale". Soit il y a des mots que je ne sais plus traduire dans ma langue natale, auquel cas je dois les contourner ou les décrire avec des périphrases assez maladroites, soit il y a des bouts de phrases qui sont naturels en anglais mais qui sonnent extrêmement faux quand on les traduit litérallement en français.

La traduction est un faux ami

Je ne sais pas vraiment donner d’exemples comme ça de cette discordance entre mes deux langues, car comme tous les bilingues, je ne traduis pas d'une langue à l'autre, je parle l'une ou l'autre, et les deux langues sont de manière générale deux courants d'eau qui évoluent en parallèle, et qui se croisent de temps en temps.

La traduction est une des pires habitudes que les gens apprennent (de manière implicite) à l'école. Les gens qui parlent de manière courante une langue étrangère ne traduisent pas, ils pensent et construisent leurs phrases dans la nouvelle langue, et ne traduisent que quand cela est totalement nécessaire. L'illusion que l'apprentissage habituel des langues à l'école crée est que la capacité à réfléchir dans la nouvelle langue est quelque chose qui se développe naturellement avec assez d'exercices de traduction, et d'écoute passive de la nouvelle langue.
Mais il n'en est rien. Il faut apprendre, le plus tôt possible, à construire des phrases dans la nouvelle langue, quitte à devoir jongler avec un vocabulaire très restreint. Il s'agit de la méthode de Michael Thomas que Luke Smith décrit dans cet article. Je ne l'ai pas essayée que pour pour avoir un avis personnel, mais en tout cas l'idée générale correspond tout à fait à mon experience: c'est en essayant de parler et réfléchir dans la nouvelle langue que l'on construit ses habitudes, pas en essayant de traduire le plus possible et penser que cela va magiquement créer une fluidité dans sa parole et dans son écrit.

J'ai rencontré assez de personnes qui avaient des difficultés pour s'exprimer en anglais pour savoir qu'elles ne parviendraient jamais à parler de manière fluide, avec leur manière d'aborder l'anglais, car la traduction est fondamentalement un processus lent, car elle crée une étape intermédiaire à la communication.
C'est comme si vous deviez décrire tous les mouvements que vous faites au football avant de pouvoir les faire vous-mêmes. Vous n'arriveriez à rien, car le sport requiert des décisions immédiates, et je dirais que les conversations ne sont pas si différentes en pratique. 1

Mimétisme

La vérité est que nous apprenons principalement en 'imitant' les autres. Cette imitation n'est pas directe, nous ne copions pas de manière absolue toutes les habitudes de nos proches, mais en tout cas nous avons tendance à nous imprégner d'eux, dans leur manière de communiquer, de vivre, et de voir le monde.
Cela est parfois même assez comique dans la manière dont les gens qui adulent un enseignant spirituel ont tendance à répliquer les mêmes inflexions, les même intonations, et les mêmes tournures de phrase, toutes ces choses qui sont un peu trop subtiles que nous ne pouvons pas toujours les décrire de manière précise, mais que nous repérons directement car elles sont si uniques à la personne.

Pour apprendre à parler une langue, nous imitons ceux qui parlent autour de nous, c'est la manière la plus simple et directe d'apprendre, celle qu'utilise les enfants, mais également celle qu'utilise les apprentis pour apprendre de leur enseignant dans leur discipline. Simple ne veut pas dire stupide. Il y a énormément de pièges que l'on évite en imitant quelqu'un d'autre.

Peut-être avez-vous eu la même expérience que moi: vouloir apprendre quelque chose à partir des "principes fondamentaux" comme on dit en anglais (first principles), se rendre compte qu'on arrive à rien, et regarder quelques videos de personnes qui ont de l'expérience, pour finalement se rendre compte que les imiter aurait été beaucoup plus rapide et moins laborieux.
C'est quelque chose que j'ai beaucoup rencontré en voulant apprendre à dessiner. Beaucoup de détails, de mini-puzzles que je ne savais pas résoudre par moi-même, et qui deviennent beaucoup plus simples en suivant un exemple et en m'inspirant des idées des artistes qui sont venus avant moi.

Il y a énormément de raisons pour laquelle le mimétisme est aussi efficace, mais pour ne pas rendre ce texte trop long, je ne vais que citer certaines d'entre elles, sans ajouter trop de commentaire:

Français courant vs soutenu

Un autre aspect de ma relation avec le français est que j'ai tendance à trouver la langue, quand elle est utilisée de manière relativement informelle, assez ... dégueulasse? Je comprends ce qui est dit, mais je ne trouve pas que la manière dont les choses sont communiquées est très belle la plupart du temps.
Je n'ai pas cette réaction avec la poésie, la chanson, ou la littérature française par contre, je trouve que c'est une très belle langue dans ce contexte, peut être même meilleure que l'anglais quand elle est parfaitement maîtrisée par les plus grands poètes et romanciers, car il y a une sorte d'harmonie rythmique que je retrouve dans ces contextes, mais que je ne trouve pas dans le français plus informel.
Ce dernier me semble un peu ... saccadé, dissonant. Des sons et des intonations qui créent une mini-cacophonie. Pas si terrible que j'ai envie de couvrir mes oreilles, mais pas si agréable que j'ai envie de continuer la conversation avec joie. Par conséquent, avoir une conversation en français est quelque chose que je n'aime pas, ce qui est aggravé par le fait que parler français n'est plus vraiment naturel pour moi.

Symbolisme

Pour conclure, il y a une défaillance presque symbolique avec mon clavier actuellement, qui est qu'une des touches qui est utilisée pour un accent utilisé seulement en français, le "e accent grave", le 'è' que l'on retrouve dans 'manière' (un mot qui se retrouve 15 fois rien que dans ce court texte ici!), ne fonctionne plus. Cela ne me pose pas de soucis quand j'écris en anglais évidemment, ce qui fait que je n'ai jamais dû m'en soucier, mais maintenant que je recommence à écrire en français, cela est un peu contraignant.

Peut-être plus drôle et symbolique encore est le fait que maintenant que je termine cet essai (est-ce qu'on dit 'essai' en français? 'dissertation' me semble plutôt utilisé dans le contexte académique, mais 'essai' me suggère plutôt le mot 'attempt' en anglais), la touche fonctionne de nouveau! Comme si je n'avais qu'à essayer de ne l'utiliser qu'un certain nombre de fois, persévérer, et laisser les anciennes habitudes revenir, comme on réapprend très vite à rouler à vélo.
Je me sens maintenant beaucoup plus confiant quant à mon utilisation du français après avoir écrit ces 1600 mots (environ). Je compte écrire en français de temps en temps, par pour des sujet très sérieux, mais simplement pour m'imprégner de la langue de Molière, car c'est une belle langue, et il serait dommage de la négliger.

Footnotes

1 Évidemment, rien ne vous empêche de ralentir la conversation si vous avez vraiment besoin de vous exprimer, mais je pense qu'on peut tous être d'accord sur le fait que cela a tendance à ennuyer les gens à long terme, et que cela crée de la distance dans les liens personnels.


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2026-04-28